Etat CivilNom : Desormiers
Prénom : Annabel
Nom de scène : Diadème
Âge : 23
Sexe : Féminin
Métier : Danseuse et barmaid à l'Arachnid's Nest.
Signalement Physique global :
1m70 pieds nus, teint clair, cheveux longs et bouclés naturellement châtains mais teints depuis des années de manière disparate; noir sur la gauche, rouge sur la droite. Yeux verts oscillant sur le gris.
Vêtements :
Sexys sans être vulgaires. Annabel aime avoir du style et de la classe, flatter ses formes sans les faire exploser à vue. Mais sur scène, elle a un penchant marqué pour la lingerie fine et la dentelle noire. Elle porte toujours sur elle au moins un accessoire, sinon un vêtement écarlate.
Signe(s) particulier(s) :
Annabel porte sur la taille un long tatouage représentant deux roses et leur tige; elle arbore également sept perçage; un sur le nez, deux a l'oreille gauche et deux à l'oreille droite, un à la langue et le dernier au mamelon.
Dossier PsychiatriqueQualités : Ouverte d'esprit et énergique, Annabel est une femme de tête décidée et tenace. Elle est également une artiste, une danseuse hors du commun. Elle tient par dessus tout à sa liberté, vivant sa passion de la scène hors des carcans des chorégraphies. Bien qu'elle n'aime pas se mêler de la vie des autres, les confidences trouveront toujours chez elle la discrétion et la franchise.
Défauts :
Elle a un caractère des plus...difficiles. Elle rejette violemment tout ce qu'elle considère comme étant une tentative de contrôle et se montre relativement paranoïaque à ce sujet. Sa vie nomade, portée au gré de ses envies et de ses pulsions, la mena à devenir un être égocentrique et déloyal.
Craintes : Croiser sa mère au détour d'une rue.
Goûts : Bourgeois
Historique :
19 juillet 1984. C'était l'anniversaire de Sammy, et pour fêter ses dix-huit ans, il choisit de sortir avec ses amis dans la boîte branchée de la région, le rendez-vous de tous les jeunes majeurs...et aussi de ceux qui donnaient 20$ au portier au lieu de leur carte d'identité.
Cassandra Desormiers, dix-sept ans, eût beau supplier ses parents, ils restèrent inflexibles; il n'était pas question qu'elle mette les pieds dans un tel endroit à son âge, et surtout pas avec ses vauriens d'amis. Les parents de Cassandra, deux personnes conservatrices allant à l'école chaque dimanche, ne voulaient que le bien de leur fille; malheureusement, à force d'essayer de protéger notre progéniture, ils ne réussirent qu'à l'inciter à se jeter tête première dans le piège, avec toute la naïveté et l'innocence qu'ils s'étaient évertués à conserver intactes.
La version officielle était que Cassandra partait dormir chez sa copine Sarah et que, le lendemain, très tôt, elles partiraient à la montagne travailler à la cueillette des fraises. Mais Sarah était de mèche et comptait aussi être de la fête, malgré ses seize ans.
Elles se pomponnèrent en gloussant de plaisir, essayant mille coiffures, testant divers maquillage dans le but de vieillir leur visage encore enfantin. Cassandra avait acheté, en cachette de ses parents qui auraient bruyamment désapprouvé, une pimpante petite robe rouge très courte, l'ourlet écarlate effleurant ses cuisses fines. Finalement prêtes, les deux jeunes filles se firent cueillir par les garçons de la bande, plus vieux, ayant leur permis et la voiture...ou seulement la voiture.
L'entrée au bar ne leur posa aucun problème, ayant prévu leur billet de vingt dollars, et Cassandra alla acheter la première bière de sa vie. Elle ne devrait jamais se souvenir du goût qu'elle avait.
Quelqu'un avait eu le temps de glisser un comprimé de GHB dans la bouteille brune.
Quand Cassandra émergea dans la réalité, plusieurs heures plus tard, le soleil se levait. Sa belle petite robe écarlate gisait à côté d'elle, déchirée et tachée. Elle était entièrement nue et errait dans le stationnement d'un grand centre commercial, se rongeant le pouce jusqu'au sang. Son entrecuisse était visqueuse, toute poissée d'un liquide glacial ayant jadis eu la chaleur d'un corps, mêlé aux ruissellets de sang de son défunt hymen.
Cassandra ne voulut jamais dire à ses parents ce qu'il s'était réellement passé ce soir là. Le petit matin voyant les rues vides, elle avait réussi à revenir chez elle, les malfrats ayant conduit la jeune fille au centre commercial le plus près de chez elle. Discrètement, elle était rentrée, avant jeté les lambeaux de robe dont elle s'était couverte tant bien que mal pour rentrer, puis avait passé des heures dans la douche. C'est là que sa mère la trouva. Cassandra inventa une vague histoire d'indigestion de fraises, et bien que suspicieuse, sa mère ne dit rien.
L'histoire aurait pu en rester là, glauque, sordide et imprégnée de cruauté humaine; mais trois mois plus tard, Cassandra dût se rendre à l'évidence: elle était enceinte. Pendant cette nuit de cauchemar, elle avait conçu un enfant. Qui était le père? Elle ne le saurait jamais.
Ses parents la jetèrent à la porte, d'autant que leur fille refusait catégoriquement de donner le nom du père, bien plus par ignorance que par mauvaise volonté.
Elle donna naissance à une petite fille en mars, qu'elle nomma Annabel Desormiers, née de père inconnu.
L'enfance d'Annabel se passa couci-couça. Sa mère l'aimait et voulait à tout prix protéger sa fille; mais elle passait de plus en plus de temps et d'argent à boire, noyant ses troubles au fond d'une bouteille de verre brun. Quand elle avait dépassé la limite, elle pleurait sans s'arrêter, sa petite fille lui caressant la main jusqu'à l'aurore, de grosses larmes coulant sur ses joues tant le chagrin de sa mère, qu'elle ne parvenait à comprendre, lui brisait le coeur.
Tout se gâcha à la puberté. Cassandra devint obsédée par la virginité et la sécurité de sa fille; celle-ci n'avait pas le droit d'être ailleurs qu'à la maison quand elle n'avait pas d'école, ou alors accompagnée de sa mère; aucun vêtement décolleté, échancré, court ni même moulant n'était toléré; la coiffure se limitait à une natte et toute forme de maquillage était proscrit. Mais surtout, surtout, il ne fallait pas qu'Annabel parle d'un vêtement rouge. L'écarlate était banni, exilé à vie. Un jour où Annabel revint de l'école avec un t-shirt rouge qu'on lui avait prêté car le sien s'était fait tacher d'encre en cours d'art, sa mère la gifla avant d'arracher à la petite le vêtement écarlate, sans même lui laisser le temps de s'expliquer, et jeta le vêtement. Honteuse, Annabel dût inventer une raison valable lorsque la gentille fillette qui lui avait prêté son t-shirt de gym vint lui réclamer son bien.
À mesure qu'Annabel grandit, ces contraintes devinrent de plus de plus les sujets d'interminables disputes, l'enfant sage et compatissante s'étant muée en jeune femme ruant dans les brancards contres ces règles qu'elle trouvait stupide et étouffante. Jamais, jamais Cassandra ne souffla le moindre mot sur la nuit de la conception de sa fille, n'opposant qu'une obstination rageuse aux arguments d'Annabel. La pugnacité de sa progéniture ne fit que muer son désir de protection en obsession; elle devenait hystérique si sa fille ne revenait pas immédiatement à la maison; l'obstination d'Annabel de rester à discuter avec ses camarades à la sortie des classes lui valut la pire des humiliations pour une jeune fille de seize ans; sa mère l'attendait à la sortie des classes, plantée devant la porte, à la vue de tous, puis agrippant Annabel par l'avant bras avant de faire avec elle tout le trajet jusqu'à l'appartement, les lèvres si serrées qu'elles en devenaient blanches. Même si l'adolescente tempêtait, même si elle se débattait, Cassandra ne lâchait jamais prise; elle traînait littéralement Annabel pour ne la relâcher que dans l'appartement soigneusement verrouillé, au onzième étage d'une tour de HLM.
Bientôt, lasse de cette guerre ouverte, Annabel changea d'attitude. Puisqu'il était impossible de faire entendre raison à sa mère, elle décida que sa situation était assez critique pour légitimiser le mensonge. Elle cessa de faire des histoires. Elle s'habillait sans rouspéter des vêtements amples, ternes et sans le moindre intérêt que sa mère lui achetait. Elle se laissait natter les cheveux, cette éternelle coiffure d'enfant.
Mais à l'école, avec la complicité d'une poignée d'amies généreuses et mieux nanties, elle se changeait en vitesse avant le début des classes, s'autorisant enfin les jeans, les hauts talons et les corsages colorés et seyants, dénouant enfin sa magnifique crinière, longue et bouclée, maquillant ses yeux félins et sa bouche à la moue d'ange. Mais, surtout, elle put enfin mettre ce qui représentait pour elle le summum de l'élégance vestimentaire; une petite robe rouge.
C'était d'ailleurs celle-ci qu'elle portait en ce jour qui devait changer à jamais son existence; une robe toute simple, seulement cintrée à la taille, qui lui arrivait au dessus du genou, avec un beau corsage en cache-coeur légèrement échancré.
Sa classe de maths, la dernière, avait été drôlement chaotique. À un point tel que le professeur, excédé, avait décidé qu'il retenait tout le monde en classe.
Annabel était paniquée. Normalement, elle se ruait hors de la classe dans les toilettes et se démaquillait en vitesse, avant de sortir de son sac ses fringues moches de bonne fille à maman, et une copine lui refaisait sa natte. En cinq minutes chrono, Annabel était prête à ressortir, et le brouaha des casiers à l'heure de sortie des classes était tel qu'elle se mêlait encore aisément à la foule dense qui jaillissait de la porte. Mais cette fois, si ce prof les retenait encore, il ne resterait plus que leur classe dans l'école...et sa paranoïaque de mère était bien capable de lui tomber encore sur le dos pour son retard.
Elle gigotait nerveusement sur sa chaise, puis, finalement, leva le doigt bien haut.
-Monsieur, puis-je aller aux toilettes? Je me retenait depuis le début du cours, alors ça commence à être limite...
-Personne ne sort de cette classe.
-Merde, monsieur, faut que j'aille pisser un coup, je déconne vraiment pas. J'en peux plus de me retenir.
-Vous ne bougerez pas d'ici, Mlle Desormiers! Pas tant que vous ne m'avez pas rendu la foutue demi-heure que vous m'avez tous fait passer à vous gueuler de vous taire!
-Tabarnack! T'as pas le droit de nous enfermer! cria Annabel, se levant si précipitement qu'elle renversa son bureau. Bien qu'involontaire, le mouvement impressionna les autres élèvres, qui le crurent prémidité. Quelques téméraires suivirent son exemple; les autres renversèrent également leur bureau et s'évadèrent de la classe en hurlant, trop heureux de sortir de cette classe étouffante. Le professeur, occupé à hurler diverses menaces de renvoi et d'exclusion, ne s'était pas rendue compte de la situation d'une de ses élèves, celle qui avait déclenché la rebellion.
Annabel se tenait face à sa mère, blême, se sentant soudain nue et affreusement vulgaire sous le regard noir, glacial et hautement désapprobateur de Cassandra. Elle ne semblait même pas surprise; seulement hautainement dégoûtée, avec cet air qu'elle avait quand elle croisait quelque clochard aux effluves écoeurantes.
Trop étonnée, tétanisée par l'angoisse, Annabel se laissa guider sa mère en silence, le visage semblable à celui d'une statue. Sa mère ne la touchait que du bout des doigts, ce qui semblait bien pire que lorsqu'elle lui accrochait frénétiquement le bras.
Annabelle était sûre que sa mère ne lui parlerait plus jamais, qu'elle la foutrerait dehors, qu'elle l'empêcherait d'aller à l'école, qu'elle allait se trouver un boulot au noir et l'expédier dans pensionnat de couvent.
Mais toutes ces options n'étaient que bagatelle en comparaison à ce qu'il se passa vraiment. À l'hôpital, on releva trois dents cassées, une joue ouverte par l'intérieur jusqu'au muscle, trois doigts brisés, quatre côtes fêlées et plus d'éraflures et de contusions qu'il était possible d'en compter, plus une sérieuse commotion cérébrale. Les voisins, alertés par le vacarme, avaient appelé la police, qui était entré en défonçant la porte, découvrant le corps inanimé et sanglant de l'adolescente, recroquevillée dans une robe rouge vif déchirée avec sauvagerie...seule. Aucune trace de la mère.
Les policiers, devant les explications succintes d'Annabel, lancèrent un vaste avis de recherche. Cassandra, aux dires de sa fille, avait rompu tous les ponts avec sa famille depuis des années. Elle n'avait aucun vieil ami, aucune relation de travail, puisqu'elle était depuis sa majorité sur l'assistance sociale, faisant à peine de temps à autres des ménages au noir pour avoir un peu d'argent pour des vêtements. On chercha Cassandra, mais ce fut vain. On ne la revit jamais, on n'entendit plus jamais parler d'elle.
Pendant deux ans, Annabel fut jetée dans les bras de sept familles d'accueil, déracinée dès qu'elle commençait à se repérer dans l'école, à reconnaître certains visages. Jusqu'à sa majorité, où on la laissa subitement tomber.
Annabel n'avait jamais pu, ou même voulu, obtenir son diplôme. Elle n'avait pas de qualifications. Pas d'ambition comme commis ou coursière.
Elle n'avait qu'une seule chose: un désir foudroyant, un peu malsain, de plaire. D'être belle, d'être sexy, d'être dévorée des yeux, admirée. Elle qui avait passé son adolescence à se cacher, vivant dans l'ombre de sa mère, avait envie d'éclater. De s'habiller d'écarlate de tête aux pieds, de se peindre les lèvres comme une courtisane d'Égypte, à laisser des mains caresser son corps. Dix huit ans et encore vierge, non seulement parce que jamais elle n'aurait pu avoir un minimum d'intimité avec un garçon du temps où elle vivait avec sa mère, mais surtout parce qu'elle n'était jamais tombée amoureuse.
Bien des garçons avaient déclaré leur flamme à la belle. Tous avaient eu à essuyer un échec cuisant d'indifférence; personne n'avait réussi à attendrir le coeur de plus en plus dur d'Annabel, pétrifié par l'incompréhension, puis l'humiliation et enfin la rage.
Elle devint tout d'abord serveuse dans un restaurant réputé pour être sexy, juchée sur des escarpins et se trémoussant le cul dans une mini-jupe en jean, une chemise blanche deux taille trop petites explosant presque sur ses seins ronds et bien assez pulpeux pour emplir la main d'un honnête homme. Bientôt, on lui demanda de danser aux tables.
Elle avait toujours su danser. Comment, elle l'ignorait, mais elle savait comment bouger, elle savait comment faire fusionner son âme et ses pensées avec le rythme et la musique. Elle apprit à séduire. Elle comprit comment combiner ces deux arts.
Au fil des voyages et de sa longue tournée, qui ressemblait drôlement à une fuite éperdue vers l'avant, une fuite loin du Québec, loin de cette terre où elle était née, où elle avait vécu, où sa mère pouvait encore rôder, elle finit par arriver à Depracity, avec un grand sac à dos rouge contenant ses vêtements et ses accessoires de toilettes, mais aucun souvenir, aucune photo, aucune petite cuillère estampillée du logo de la ville; rien ne trahissant un quelconque attachement.