Historique :
*17 Avril 2002, cimetière civil de Sedona, Arizona*Tous étaient rassemblés autour du cercueil vide que l’on venait de descendre. Ils étaient peu ; de la famille, des voisins, quelques amis… Pour un homme de 36 ans, cela faisait peu. Et tandis que le prêtre entonnait un discours passionné, et extrêmement triste à la fois, deux personnes discutaient à voix basse :
« T’as vu y’a pas qu’au boulot que c’était un vrai connard, dans sa vie aussi.
-Tu m’étonnes ! Vu le monde qu’il y a, ça veut tout dire.
-Bah ouais, à force de se croire au dessus de tout… J’arrive pas à croire que l’patron nous ai forcé à venir… C’est pas comme si on le connaissait bien le Cameron… Enfin je suis quasiment sûr que même le patron ne le connait pas si bien que ça.
-J’sais pas, mais ils semblaient s’apprécier au fond, même si ça gueulait souvent…
-Ouais, depuis que Cam’ avait réussit a faire tomber Le Gardien, il avait beaucoup plus d’estime pour lui.
-Le Gardien ?
-Mais oui tu te rappelles pas de cette affaire ? Le Gardien était le chef de file d’une bande de timbrés qui zigouillaient de petites vieilles à la pelle.
-Ah ouais ! Maintenant que tu l’dis ça me reviens. Ca avait fait du bruit à l’époque, faut dire que le Gardien se débrouillait bien pour pas se faire chopper.
-C’est sur… Tu penses pas que ça pourrait être un de ses hommes qui a fait tuer Cameron ?
-QUOI ? Mais nan ils auraient quand même pas détourné un avion ?
…
-On dit que le Gardien a le bras long.
-Certes, mais y’a un paquet de gars qui voudraient voir Cameron six pieds sous terre, c’est pas forcément un coup du Gardien… Enfin j’espère… Non vraiment tu crois que ça pourrait venir de lui ?
-Bah…
-Merde, déconnes pas, j’étais avec Cameron sur cette affaire… Bon parlons plus de ça, tu me fous des frissons. »
Et alors que la mère de Cameron essuyait ses larmes sur un mouchoir blanc, le prêtre finissait son discours. Tous écoutaient en silence désormais, on entendait juste quelques sanglot.
Sur l’allée qui courrait au bord du cimetière une Mustang attendait sagement, alors que l’homme au volant mettait ses lunettes de soleil. Malgré que l’on fut encore en Avril, le soleil éblouissait déjà. Il regarda une dernière fois en direction du cimetière. Pas grand monde n’était là, il s’y attendait, et ça lui convenait parfaitement au fond. Il ne manquerait à personne ou presque. Son regard s’attarda sur les papiers d’identité qu’il tenait en main. Cameron Hannigan devenait Cameron Griffin, 1m75, yeux bleus, nationalité américaine, né le 15 Juillet 1972. Il regarda la photo qui ornait le document et se dit que décidément, les photomatons étaient programmés pour prendre la plus mauvaise photo de soi qu’il soit possible de faire. Sans plus s’attarder, il déposa les documents dans la boîte à gants puis il alluma son autoradio et démarra. Il respira un grand coup. Ca avait du bon de commencer une nouvelle vie ! Il monta le volume de l’autoradio autant que le moteur montait dans les tours.
Qualités / Défauts / Troubles psychiques et/ou psychologiques (éventuellement, traitement suivi) : « Putain c’est pas vrai… »
Il posa délicatement sa guitare par terre, tous les meubles étant partis avec les déménageurs, tout en se malaxant la tempe avec l’autre main. Il connaissait bien cette douleur, d’abord sourde puis grandissante jusqu’à ce qu’il ne puisse plus la supporter. Déjà la lumière semblait s’infiltrer dans ses yeux pour lui brûler le fond du crâne. Il alla dans sa salle de bain et ouvrit la petite infirmerie de secours qui se trouvait au dessus du lavabo. Fouillant un peu à l’aveuglette il finit par reconnaître au toucher ce dont il avait besoin et prit le tube de comprimés. Malheureusement, celui-ci s’échappa d’entre ses mains pour venir s’écraser au fond de son lavabo. Le bruit, qui n’aurait dérangé personne, lui sembla être un coup de tonnerre qui aurait éclaté au sein même de son cerveau et il serra les dents en grimaçant. Il ramassa le tube et l’ouvrit. Un, puis deux, puis trois… Trois Efferalgan de un gramme qu’il plongea dans un verre à moitié plein. En s’efforçant à se concentrer, il gagna sa chambre, posa le verre sur le sol et s’affala sur le matelas posé à terre qui lui servait de lit. Les deux mains sur ses tempes lui donnèrent l’impression qu’il pouvait empêcher sa boîte crânienne de se fendre en deux parties, il se mit à penser.
*Plus ça va pire c’est. La vache même le bruit de l’Efferalgan… On dirait une putain de tronçonneuse qui s’acharne à faire un puzzle 1500 pièces avec mon crâne. J’ai fait quoi ? Hein ? Quoi !? Quoi pour mériter ces merdes de migraines qui me foutent par terre sans arrêt. J’sais pas moi. J’me défonce pour mon boulot pour arrêter ces fouteurs de merde, je donne un pourcentage de mon salaire aux bonnes œuvres, alors quoi ?*
Il posa une main sur ses yeux.
*Bon c’est vrai, j’suis arrogant, on me l’a dit mais bon, chacun ses défauts nan ? Et puis si je suis arrogant c’est que je peux me permettre de l’être après tout ! Ah jsuis associable aussi il parait. Bah… Les gens sont pas intéressants, et moi non plus, donc à partir de là on a pas grand-chose à se dire. De toute façons, dès que je fais un pas vers quelqu’un et qu’on commence à parler, soit on me prend pour un taré, soit on me trouve arrogant.*
Il écouta attentivement. Les Efferalgans n’étaient toujours pas prêts.
*Merde c’est vraiment de pire en pire cette saloperie de mal de tête…
Si elle était là elle pourrait comprendre pourquoi je suis comme ça…
-Mais c’est fini ça Cameron, elle est partie et elle reviendra pas. Elle a trouvé quelqu’un de mieux, quelqu’un qui à pas de putain de mal de tête tous les deux jours, et surtout quelqu’un de plus jeune.
-Ah te voilà toi, j’avais pas besoin que tu viennes en rajouter une couche. Mal de crâne plus conscience qui fait chier, ça va mal se terminer tout ça.
-Pas ma faute si t’es dingue.
-Casse toi ça ira mieux.
-J’peux pas je suis toi. Et on parlait d’Elle donc change pas de sujet pour essayer d’y échapper. Elle est partie avec quelqu’un de plus jeune et de plus beau, un meilleur coup que toi, j’en suis sur. Tu t’entretiens pas Cam’, t’as vu le ventre que ta pris ? Arrêtes la bière.
-Ta gueule.
-Non mais vraiment, la bière, c’est le mal. Enfin c’est le gras de ton bide surtout pour le moment. Enfin tu m’as compris. Et puis faudra t’y faire, t’as plus les mêmes réflexes qu’avant, tu raisonnes moins vite, et je suis sur que tu le sais. La quarantaine arrive, c’est moche. Et puis toute cette bouffe que tu t’enfiles à longueur de journée. Les chips cachés dans le bureau, à côté de la tablette de chocolat… Tout ça c’est as bon.
-Merde parles plus de bouffe tu me fous la nausée.
-J’passerais bien au Burger King.
-Et merde.*
Il se leva en courant, et ses jambes le conduisirent droit aux toilettes.
Craintes : Le réveil fut difficile. Après une nuit passée à vomir et lutter contre ce qui semblait être une tronçonneuse amatrice de puzzle, il n’était vraiment pas beau à voir ce matin dans la glace. Mais bon, pas le choix, il avait un avion à prendre, il fallait qu’il soit un minimum présentable.
Une douche et des vêtements propres plus tard, il sortait de son appartement sans un regret, sa guitare sur le dos. Descendant les escaliers, il pensait au nombre de mots que ses voisins avaient glissés sous la porte, lui demandant de faire moins de bruit avec sa guitare. Bien sur il n’en avait jamais tenu compte, peu lui importait. Il donna ses clefs à la gardienne qui lui dit un « aurevoir » froid tandis que lui grognait un « salut » tout aussi enthousiaste. Le taxi était là, devant son immeuble. Sa Mustang lui manqua un court instant, mais il se dit qu’il la retrouverai à destination.
« A l’aéroport s’il vous plait. »
Les passagers sont invités à embarquer porte 3C.Ca y est.
Il donna son billet à l’hôtesse ainsi que son passeport, et s’engagea dans la passerelle. Il aimait bien les aéroports, et tout en marchant, il regarda au travers des vitres les allées et venue des avions. Tous ses gens, toutes ses destinations… Rien que d’imaginer les probabilités de destinations, d’avions et de siège par personne lui faisait tourner la tête. Il remontra patte blanche à l’entrée de l’avion et s’assit à sa place, à savoir le siège 11A, en première classe. Il posa le magasine qu’il avait acheté sur ses genoux et ses pensées se perdirent tandis qu’il regardait par le hublot. Quelle ironie, voilà que Cameron Hannigan était mort dans un avion, alors que Cameron Griffin naissait dans un autre.
On lui servit un verre d’eau, car il n’aimait pas le champagne et que, de toutes façons, aucun alcool ne lui faisait envie à ce moment. Après avoir regardé un film d’un œil distrait sur l’écran intégré au siège de son voisin de devant, il partit à la recherche des toilettes, tout en se maudissant de ne pas avoir eut la présence d’esprit d’avoir fait ça à l’aéroport.
*Ah… Tous occupés… Bon.*
Pressé par l’envie il se dirigea vers les toilettes de la classe affaire, ceux-ci étant libres. Il ouvrit et entra rapidement, avant de refermer la porte. Ce fut quand il se retourna que ça commença. C’était effroyablement petit. Il se força à réfléchir de façon rationnelle pour contrôler la peur commençait à lui serrer la gorge.
*Bon, c’est un avion. Ce sont des toilettes. Point. Rien ne va t’arriver, et c’est pas parce que cet endroit est effroyablement petit que ça va te faire quoi que ce soit. Il n’arrive jamais rien de grave à personne dans les toilettes d’un avion. Il doit y’avoir une chance sur 150 millions de crever dans les toilettes d’un avion. Restons calme.*
Il ferma les yeux et respira profondément. Il s’imagina dans une vaste prairie, balayée par les vents. L’horizon était loin, très loin devant lui. Une fois soulagé il rouvrit les yeux. Il était plutôt fier d’avoir réussi à lutter contre sa claustrophobie. Elle n’était certes pas extrême, mais pouvait se révéler handicapante en certaines occasions. Il se retourna et ouvrit le loquet. Ou du moins il essaya. Il était coincé et semblait ne rien vouloir savoir.
« Merde, ouvre toi saleté. »
Il força un peu plus, mais ce fut sans effet.
Sans qu’il ne s’en rende compte, sa respiration s’était accélérée. Il se retourna pour chercher un objet susceptible de l’aider à débloquer la porte. Mauvaise idée. C’était vraiment confiné ici. Il s’acharna sur le loquet, tandis qu’il transpirait de plus en plus.
« Allez allez saloperie de porte laisse moi sortir. »
*Il faut que je sorte. PUTAIN il FAUT que je sorte !!!*
Il sentait la présence des cloisons proches de lui. Et même s’il savait que ce n’était inspiré que par son cerveau, il lui semblait que ces cloisons se faisaient de plus en plus proches. Ses gestes devinrent plus saccadés, et il hyper ventilait clairement désormais. Il avait l’impression que tout ce qu’il pouvait y avoir derrière ces cloisons, tout ce plastique, cette ferraille ainsi que tous les lourds câbles qui courraient d’un bout à l’autre de l’appareil, tout semblait appuyer sur ces cloisons qui elles même semblaient peser sur ses épaules, oppresser sa poitrine. Il s’acharnait frénétiquement sur la porte quand celle-ci s’ouvrit enfin. Il se jeta dans le couloir transpirant et respirant comme un bœuf. Après une petite seconde nécessaire pour reprendre ses esprits, il réalisa qu’une hôtesse lui demandait si « Tout allait bien. »
Il fit un léger signe de tête sans même la regarder et regagna sa place.
*Mais quel con je fais*
Il regarda autour de lui, jetant un regard un peu suspicieux à la cloison qui entourait le hublot à côté de lui et prit une grande bouffée d’air.
Goûts (de luxe, bourgeois, moyens, médiocres, pauvres)Un tour de clef, puis deux, et il entra, parcourant la pièce du regard. Tout avait été installé comme il l’avait demandé, enfin, à première vue. Il parcouru les pièces rapidement, trop fatigué pour faire une inspection consciencieuse. Salon, salle à manger, cuisine… Tout avait été aménagé selon ses goûts, avec en parties ses anciens meubles et quelques autres neufs. C’était assez luxueux, sans être outrancier. Chambre, bureau, salle de bain… Le tout faisait facilement 120m², ce qui serait très largement suffisant pour lui seul. Il ouvrit l’armoire de la salle de bain, prenant un peignoir. Une idée lui traversa l’esprit et il déposa le peignoir à côté de sa grande baignoire et se dirigea vers le salon.
*Il faut accueillir ses voisins comme il se doit.*
Il sourit intérieurement tandis qu’il mettait le CD dans sa chaîne hifi. D’après ce qu’il voyait, elle était reliée aux enceintes Dolby disposées dans la pièce, autour de son écran plat. Il retourna dans sa salle de bain, alors qu’une voix dans le salon commençait à entonner une chanson de punk rock.
Well I’ve got to tell you all about my dream it’s a place…Le moment où il se sentit le plus chez lui fut certainement lorsqu’il entendit sonner frénétiquement à sa porte. Chose rare chez lui, il en sourit, au moment où il s’enfonçait un peu plus dans l’eau de son bain en chantant :
Well Fuck You !Métier: Au volant de sa Mustang il se dirigeait vers l’endroit convenu par son patron. Il allait enfin savoir pourquoi la NSA s’était donné tant de mal et avait accepté quasiment toutes ses conditions. C’était bizarre qu’il soit muté ici. Peut être qu’ils ne le supportaient vraiment plus au boulot ? Où alors peut-être qu’ici, ils avaient vraiment besoin de quelqu’un qui ferait le ménage ? Ici… Depracity. Il avait entendu parler de cette ville de temps en temps. D’après ce qu’il avait retenu sur le moment, ça semblait être une ville comme les autres, mais maintenant qu’il était dehors, qu’il parcourrait les rues de Depra, il sentait qu’il y avait un petit quelque chose qui clochait. Quelque chose de différent. Dans l’air peut-être ? C’était presque ça… En fait une sorte de climat tendu régnait ici. Comme si la ville pouvait changer d’une minute à l’autre. Arrêté à un feu rouge, il réfléchissait à tout cela. Qui y’avait il donc de si important à faire ici pour qu’on lui fournisse une nouvelle identité et un superbe appartement ?
Pour l’identité, il avait une petite idée… Ca empêcherait les criminels et bandes organisées de la région de le reconnaître. Faut dire que son nom commençait à être connu dans ce genre de milieux, et sa tête était peut être même mise à prix.
Il sourit en pensant à cela, et accéléra tandis que le feu passait au vert.
_________________
