« Alors Seamus, la forme ces temps-ci ? Sean déambulait dans la pièce sombre, située dans une rue pauvre de Belfast. Cela faisait une semaine que son frère l'attendait dans cette cache de l'IRA, et il n'était pas d'humeur à plaisanter :
- Comme un coq en pâte...bordel ça fait trois plombes que j'attends ici ! Et Pitt qu'est-ce qu'il fout ?
- Oh la frérot, pressé de faire ton premier job ? Sean partit d'un grand rire, toujours en arpentant la petite pièce de long en large. Il avait plusieurs années de plus que son frère, et s'était donc lancé dans les « affaires sérieuses » de l'organisation depuis quelques temps. Seamus avait fini sa formation depuis plusieurs mois, avait accompli quelques menus services, mais rien de comparable à son frère.
- Premier job, premier job...on est arrivé ensemble je te rappelle, on est du même calibre !
- Et Bradney, c'était toi peut-être ? » Un sourire éclaira de nouveau le visage de Sean. Le meurtre du député unioniste avait été sont heure de gloire, et lui avait fait grimpé la hiérarchie de l'IRA rapidement. Pendant ce temps Seamus avait suivi le programme de formation : tir, organisation, savoir réagir en situation de crise, filature, ...l'opération à venir constituait un véritable baptême du feu. Son grand frère reprit : « Bon, je pense qu'on t’a mis au courant, au niveau des détails tu as besoin de savoir quelques choses en plus ? Seamus fit un signe négatif de la tête. Ce qui allait se passer était programmé depuis plusieurs mois, et le manque d'effectif compétent au sein de l'IRA l'avait poussée à choisir les frères O'Callaghan pour le boulot, en dépit de la relative inexpérience du plus jeune. Le 17, Harvey Street était un pub dans lequel se réunissait la caste dirigeante du DUP, le Democratic Unionist Party, l'ennemi juré du Sinn Féin et de l'IRA.
- On sera combien sur le coup ? Demanda Seamus.
- Toi et moi superviseront le tout : on sera un petit groupe, pas plus de sept personnes. La bombe est déjà en place, et si Carrick, Hewitt et Johnson s'en sortent, il nous revient la tâche de ne pas les laisser partir. » A la mention des noms des trois dirigeants du DUP, la voix de Sean s'était tendue. L'opération était véritablement importante : en décapitant ainsi le parti des traîtres, l'on réduisait grandement l'influence de celui-ci, en plus de constituer un avertissement à qui voudraient s'opposer à une IRA vue comme endormie par les Britanniques. La nuit tombait sur Belfast. « Nous partons dans trois heures.
- Exitus acta probat. »cita Seamus en guise de conclusion.
Une pluie fine tombait sur le pare-brise de la voiture des deux frères. Ces derniers avaient pris le contact radio avec les autres membres de l'équipe, encore invisibles à leurs yeux. Sean était tendu, mais satisfait du déroulement de l'opération. La bombe n'avait pas été découverte, les membres du commando se faisaient discrets, leurs armes, pour la plupart automatiques, étaient prêtes. Cernant les abords du pub, duquel un brouhaha incessant s'échappait, les Irlandais attendaient l'explosion de la bombe. « Trois minutes » dit Sean, les yeux rivés sur sa montre. Seamus vérifia une dernière fois son vieil AK47, relique des temps ou l'IRA envoyait encore ses membres dans les camps d'entraînements de Syrie. Les secondes s'égrenaient lentement. Les deux frères pouvaient désormais apercevoir quelques membres du commando s'agiter sous les portes cochères ou dans leurs voitures. Seamus enclencha machinalement un chargeur dans son beretta, qu'il replaça dans le holster sous son long manteau. Son rythme cardiaque s'accélérait. « Bon dieu, la bombe devrait déjà avoir sauté... », s'énerva Sean en serrant les dents. Les questions affluaient dans leurs radios en provenance des autres membres de l'équipe : de toute évidence, la bombe avait foiré. La réponse à cette situation vint après quelques instants de réflexion « on fait ça à l'ancienne ». Les confirmations vinrent rapidement, avec résignation. Les deux frères enfilèrent leurs cagoules et ouvrirent les portes de la voiture. La pluie ruisselait surs leurs longs manteaux et leurs armes. La rue était déserte, l'éclairage public avait été coupé. Les sept membres du commando se retrouvèrent près d'une des voitures pour vérifier une dernière fois leurs armes ainsi que le plan de rechange. Le plus jeune des frères O'Callaghan mit son chapeau par-dessus sa cagoule, et enclencha le chargeur de son AK. Les Irlandais étaient pour la plupart équipés d'uzis ou d'AK47, et se mirent en marche vers la porte du pub. Un crissement de pneus se fit entendre à l'autre bout de la rue, et c'est alors que le crâne de l'homme de tête explosa littéralement : avant que Sean n'ait put donner ses ordres, la rue s'illumina brusquement grâce à de puissants projecteurs, et leurs propriétaires ouvrirent le feu sans sommation sur le petit groupe : de puissantes armes automatiques fauchèrent deux hommes de plus avant que le commando ne réagissent en se jetant derrière des voitures. Les irlandais réagirent tant bien que mal à la tempête d'acier en tirant au jugé par-dessus les véhicules, sans grande efficacité. Le tonnerre des détonations emplissait la rue et forçait Sean à huer pour se faire entendre : « C'est quoi ce bordel ?! Harry qu'est-ce tu fous ? ». L'intéressé allait répondre quand une balle vint se loger dans sa cage thoracique. Les cris des blessés s'ajoutèrent au vacarme du combat. Seamus s'était abrité avec un autre membre de l'équipe derrière un imposant 4x4 et avait ouvert le feu sur leurs agresseurs. Ces derniers étaient abrités derrières de puissants véhicules militaires, dont les crissements avaient annoncés le début de la fusillade. Les tirs épars des irlandais étaient inutiles dans ces conditions, et Sean n'avait d'autres choix que d'ordonner une fuite : « On se casse ! Tous ! Will, Seamus, barrez-vous ! On se retrouve à la cache ! ». Seamus acquiesça et recula vers les voitures du commando. Will le couvrait, puis se retira également, protégé par le feu de son camarade. Les vitres explosèrent, la carrosserie reçut plusieurs balles avant que le véhicule ne démarre enfin et s'enfonce dans les rues sombres de Belfast. Une deuxième voiture les dépassa en trombe tandis que leur occupants parlaient dans la radio du commando : « L'opération a été éventé...
- sans blague, pesta Will en conduisant à toute vitesse.
- ...et on a dû laisser Harry derrière, on ne pouvait pas le ramener. La voix de Sean était presque calme, au regard de la situation, on va se séparer, on est plus que deux voitures, je vais avec George au 45, partez à la cache, on se retrouvera au pays. ». Will et Seamus donnèrent confirmation, en continuant de suivre la voiture de Sean, la route étant pour l'instant commune pour les deux destinations. De nouveaux projecteurs s'allumèrent devant les véhicules en fuite, avant que de nouvelles armes automatiques n'ouvrent le feu sur leurs occupants : la voiture de tête fit une embardée et s'écrasa contre un mur de la rue. Elle prit rapidement feu, tandis que dans la seconde, Will hurla de rage en tournant violemment le volant pour prendre in extremis une rue perpendiculaire. Seamus ne croyait pas ce qu'il avait vu : il tournait la tête pour tenter d'apercevoir des signes de vie de son frère. « Laisse tomber vieux...c'est foutu pour eux... ».La voix de Will, un imposant gaillard de quarante ans supplantait difficilement le vacarme du moteur lancé à pleine puissance. La phrase résonna dans la tête de Seamus comme une condamnation à mort. Son frère...mort ? Disparu ? Absent ? Il enleva sa cagoule et se prit la tête dans les mains, tandis que la voiture rugissait dans les rues de Belfast.
« O'Callaghan, le prêtre MacFinigan vous adresse ses félicitations pour cette opération ». Âgé désormais de trente-quatre ans, Seamus avait fait ses preuves au sein de l'IRA. Le plasticage du temple protestant le plus important d'Ulster avait été une opération rondement mené par lui-même et son équipe. « J'en suis honoré, monsieur.
- Nous avons autre chose pour vous : voilà plusieurs années que vous menez des opérations en solitaire, en territoire ennemi, si l'on excepte la plus récente, et vos nombreuses couvertures ne vous seront pas de trop pour une future.
- Quelle est-elle ? Demanda Seamus,
- Ce sera une opération très délicate. La plus délicate sans doute depuis votre entrée...J'ai cru entendre que vous aviez un certain contentieux avec les SAS et le MI 6 ? » Les images de cette opération éventée quelques années plus tôt revinrent hanter quelques secondes l'esprit de Seamus. Ce dernier se contenta de hocher la tête. « Eh bien nous allons vous donner l'occasion de laisser libre court à votre vengeance : vous aller vous attaquer à leur cœur, O'Callaghan, vous allez faire sauter un de leurs centres d'entraînements, situé dans la campagne aux alentours de Londres... ». Cela faisait plusieurs mois que sa mission lui avait été confié, et Seamus voyait se rapprocher la fin. Accompagné de Will depuis ce jour funeste de l'attentat manqué du pub, Seamus avait tout préparé : d'ici une quinzaine de jour, le SAS allait perdre une de ses plus importantes casernes. Will avait fait tout le repérage nécessaire, sous divers couvertures, tandis qu'il avait acquis les explosifs, et tout un matériel qui leurs permettraient de s'occuper des survivants paniqués par la déflagration. Son camarade entra dans la chambre d'hôtel : « On devra bientôt changer, Seamus, les flics se rapprochent de jours en jours... ».Le dernier des O'Callaghan hocha lentement la tête devant sa fenêtre. A la suite de quelques arrestations en Ulster, Scotland Yard avait fini par être au courant qu'une opération se tramait sur le territoire Britannique, même si son objectif et ses modalités leur restait étrangers. La sécurité intérieure avait été constamment renforcée, et les détectives avaient les yeux sur les deux irlandais depuis plusieurs semaines. Les deux hommes ne leur échappaient qu'en changeant rapidement d'hôtels et de caches, plusieurs fois par mois. Mais bientôt, ce serait au tour des flics de fuir...
La pluie tombait avec force sur les pavés londoniens. Seamus et Will entrèrent en courant dans le hall de l'hôtel, pas le moins du monde préoccupé par l'agitation qu'ils créaient. Comment le MI 6 avait-il put être au courant ? Ils s'en étaient tirés de justesse, Will avait récolté une balle dans les côtes, et avait survécu grâce à Seamus, qui avait abattu les militaires lancés à leur poursuite. Ils se jetèrent dans leur chambre et reprirent leur souffle pendant quelques instants. La blessure de Will le faisait souffrir, mais semblait être ressortie. Les deux hommes se mirent à discuter fiévreusement de la situation : « Seamus, une telle fuite, c'est foutu ! Ça veut dire que la tête même de l'IRA est infiltrée ! On ne peut même pas rentrer au pays, on se fera coffrer avant, balancés par nos propres chefs !
- T'as raison, cette opération était connu des seuls dirigeants, c'est vraiment foutu si même celle-là a été éventée...
- Qu'est ce qu'on fait maintenant ?
- Il faut se tirer. Maintenant, répondit Seamus.
- Et pour aller où ? T'as une idée ? Bon dieu on est recherché dans toutes les îles, les flics ont nos noms de toutes nos couvertures, ils ont jusqu'à la taille de notre bite, Seamus ! Ce dernier réfléchit quelques instants. Puis il donna sa réponse :
- Les Etats-Unis, Will, je n'ai pas le choix...Son compagnon ne releva pas le singulier de l'énoncé, et se contenta d'applaudir l'idée :
- Ouais...t'as raison Seamus...y'a plus que ça...L'IRA est morte de toutes manière...Faut se barrer...
- Il reste un problème, Will...Des gens connaissent notre identité...Il me reste quelques couvertures de sûres, mais je ne crois pas que ce soit ton cas...
- Aux Etats-Unis la question ne se posera plus ! On sera peinard ! T'inquiètes, je n'aurais pas d'emmerdes !
- Je n'en doute pas... » dit lentement Seamus, avant de pointer son arme sur le front de Will, d'un coup pris de panique, puis de presser la détente. « Toi, tu connaissais mes couvertures...désolé...Requiescat in pace... ». Seamus fit un signe de croix, puis mit le feu à la pièce.
Cette ville des Etats-Unis lui plaisait bien. Il s'était rapidement trouvé un job, comme courtier, qui lui assurait un revenu, mais surtout un boulot officiel, sous lequel ses activités pourraient se développer. Il avait pris la température du coin. Et cette ville avait besoin de gens comme lui...