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 Chambre 203

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Annabel Desormiers



Nombre de messages: 13
Date d'inscription: 26/07/2008

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Renommée dans le milieu:: Faible - vous êtes peu reconnu parmi vos pairs
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MessageSujet: Re: Chambre 203   Dim 2 Nov - 4:49

Quand Madrigal sortit, Annabel s'effondra de ton son long sur le lit légèrement froissée, un bras passé sur ses yeux. Elle ne bougea pas d'un pouce quand la vieille bonne Haïtienne, quel cliché bordel, vint mettre de l'ordre et rebrancher le téléphone. Elle secoua légèrement l'épaule de la jeune femme allongée pour l'éveiller.

"Mad'moiselle, vous devriez vous débarbouiller et vous mettre mieux au lit. Elle n'a pas un caractère facile, mais elle sait de quoi elle parle, et si vous êtes encore là, c'est que vous devez en avoir sacrément dans la culotte."

Annabel se leva en grommelant quelques onomatopées décousues, a la fois attendrie et agacée par la gentillesse de la vieille dame aux mains usées.

Il y avait un nouveau panier de produits de beauté, encore avec une notice. Cela amusait beaucoup moins Annabel; en ce lieu, ses moindres gestes, ses moindres actions seraient planifiés, surveillés, verrouillés. Elle ne pourrait jamais vivre comme ça.

Elle en profita néanmoins pour user et abuser des bonnes grâces de la sorcière, avant de revêtir le très confortable pyjama de tissus satiné et doux embaumant la lessive fraîche. Mama avait quitté la pièce pendant les préparatifs, laissant un plateau couvert à Annabel, agrémenté d'une fleur et d'une note l'enjoignant de laisser le plateau vide sur le pas de la porte.

Une salade de légumes, cressons, laitue et épinards, avec des petits morceaux blancs ressemblant à du tofu; une omelette aux champignons et au jambon (probablement de parme, ou quelque chose du genre) composée de blancs d'oeufs, un pain encore chaud composé d'une bonne dizaine de grains entiers, un jus de légumes, une tisane chaude, et une banane. En bonnes quantités, mais quand même un foutu menu de régime.

Annabel grignota sans appétit puis laissa le plateau tel que demandé avant de fermer les lumières et de se jeter au lit. Elle s'endormit après quarante secondes.

.....

À dix heures le lendemain matin, ce fut encore Mama qui réveilla Annabel en lui secouant l'épaule.

"Bonjour! Prenez votre petit déjeuner. La patronne a une journée chargée pour vous!"


"...gnein?"

"Mais si! Ce soir, c'est Halloween, l'ouverture, et la patronne vous veut à votre meilleur. Allons, allons! Vous avez dormi presque douze heures, c'est amplement suffisant!"

Annabel mangea au lit son petit déjeuner, d'excellentes crêpes aux pommes, une coupe débordante de fruits et de fromage blanc, une délicieuse tisane arômatique et un grand verre de lait 1%. Elle ne se douta pas un instant qu'un aliment ingéré contenait la première étape du piège où elle s'était empêtrée.

Le reste de la journée lui parut un brouillard obscur. Madrigal était venue la chercher et, sous sa garde, elle avait fait ce qui lui semblait être tous les salons de beauté de la ville. Pas une seconde la Veuve ne la lâcha des yeux.

La journée avait commencé dans le bien-être, Madrigal l'emmenant d'abord se faire masser longuement tous les muscles de son corps. Ce traitement lui sembla durer des heures et des heures, le nez enfoncé dans l'oreiller, quatre mains professionnelles et talentueuses chouchoutant son corps.

Le traitement suivant fut bien moins agréable: une épilation totale, soit à la cire, soit à la pince. Les jambes, les bras, le ventre, les mains, le pubis, les aisselles, le contour des sourcils, les orteils, le visage; tout y passa sans la moindre pitié et avec une précision monastique. Annabel maudit intérieurement Madrigal qui assistait, impassive, aux grimaces de sa "protégée". Une solide exfolitation nettoya les résidus de cire et lui retira ce qui lui restait de peau. Elle eût ensuite droit à un autre massage, celui là aux huiles et divers produits aux prix exhorbitants destinés à lui reconstruire un épiderme sur mesure. À la fin de cet harassant passage, Annabel dût néanmoins reconnaître qu'elle avait carrément fait peau neuve, et que celle-ci était d'une douceur exceptionnelle.

Chez le coiffeur, on lui refit sa teinture en un rouge écarlate, sanglant et éclatant, doublé d'une noirceur de corbeau; pendant que la teinture prenait, une petite équipe vint s'occuper de ses ongles et de ses doigts de mains et de pieds. Armés de limes, de pierres ponces et de faux ongles, ils s'attaquèrent aux ongles rongés et négligés, aux pieds cornés et aux ongles mal coupés. En désespoir de cause, Madrigal accepta qu'elles mettent de faux ongles aux mains et à certains orteils, refusant les griffes barbares, argumentant qu'elle aurait aussi à faire du service et qu'elle n'autorisait normalement pas les ongles dépassant l'arrondi.

Elles les vernirent selon les souhaits de Madrigal, alternant un rouge semblable à la nuance de ses cheveux et le noir. Puis le coiffeur reprit ses droits, lava la longue chevelure et coiffa Annabel, lissant sa longue chevelure autour de son visage de madone. Puis, sans qu'elle ne quitte la chaise du coiffeur, on vint la maquiller, avec le genre de produit qu'utilisent les nageuses syncronisées et qu'il faut littéralement enlever au dissolvant.

Il était plus de seize heures quant le marathon de soins s'acheva, Annabel ayant la nette impression de vivre dans le corps d'une étrangère. Elle n'avait pas eu un seul mot à dire. Même si elle devait reconnaître que l'effet obtenu était absolument époustouflant, elle avait le sentiment de porter un masque. Un masque imposé par la Veuve.

Mais elle se sentait aussi étrangement détachée de tout, souriant aux passants, s'amusant de leurs regards flatteurs. Elle se sentait comme une star, et son imagination s'emballait à un rythme délirant.

Elle ignorait que les effets seuls des soins prodigués par Madrigal n'étaient pas la source de cette euphorie et de ce sentiment d'irréalité.
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Chambre 203

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