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 237 Overlook Street

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Lilia Villagio



Nombre de messages: 29
Date d'inscription: 02/02/2008

Détails techniques
Renommée dans le milieu:: Faible - vous êtes peu reconnu parmi vos pairs
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MessageSujet: 237 Overlook Street   Dim 3 Fév - 18:56

Un immeuble normal dans un quartier normal. Un immeuble comme les autres. Fondu dans un paysage de béton et d'asphalte. Des étages à perte de vue. Des fenêtres par dizaines. Toutes identiques. Une parabole ou un pot de fleurs dépasse de-ci de-là. La porte, imposante, harmonise le tout. Rien de plus banal.

Huitième étage. Un long couloir étroit. Des murs blancs, froids. Portes noires sur fond blanc. Des locataires sans histoire. Un vieux couple qui se fond dans le décor. De jeunes étudiants jamais chez eux. Un enfant court parfois dans le corridor. Sa mère, seule, l'attend à la porte. C'est un voisinage où ne peut plus normal.

Porte 85. Une sonnette. Un nom. Lilia Villagio. C'est là que j'habite. Là que je vis depuis quelques temps. Là où je revis. Je peux enfin retrouver mon nom. Ce nom que m'a offert mon père. Un nom que j'avais un temps oublié. Cela fait tellement d'années. Tant de temps à fuir, à se cacher, à mentir. A me mentir. Mais, maintenant, tout va changer.

L'appartement est très simple. Je n'ai pas encore eu le temps de l'aménager à mon goût. Un salon qui fait également office de salle à manger mal rangé. Un sofa, une table, quelques chaises et un buffet sont les seuls meubles ici. Une télé de taille moyenne, un poste de radio grésillant animent la pièce. Celle-ci donne sur la cuisine où un frigo dépasse, encastré, du long meuble de cuisine. En son antre, quelques bribes de viande de dinde, de la salade, quelques fruits.

A l'opposé de la cuisine, se trouve ma chambre. En vrac sur le lit, des vêtements qui ont besoin d'être lavés ou d'être rangés. Un grand lit aux contours faits de métal torsadé. Et une armoire où s'entassent nombre et nombre de tenues qui m'accompagnent la nuit et parfois, le jour. Une petite table de nuit aussi avec quelques livres, disques et films. La chambre s'ouvre sur une salle de bains de bonne taille. Il y a une baignoire d'un blanc éclatant comme le carrelage qui l'entoure. Et tout ce qui fait d'une salle de bains, une salle de bains.

En disant ça comme ça, on pourrait presque croire que la personne qui y habite est une personne comme les autres. Une personne honnête. Sans rien à se reprocher. Mais, si on y regarde de plus près... Là, dans le tiroir, sous les papiers, une arme. Entre corsets et guêpières entassés dans la chambre à coucher, des bas vinyl se mélangent aux pinces à un usage tout particulier. Au-dessus d'Hemingway, des menottes. Entre Barry Lindon et Taxi Driver, des films d'un autre genre. Sous les serviettes de bains, bâillon et autres objets.

Non, la femme qui habite ici ne fait pas partie de ces honnêtes citoyens américains. Je n'en fais pas partie. Ce soir, je le ressens particulièrement. Il est temps que je reparte à la chasse. Au moins, à la recherche d'un boulot provisoire. Je me relève du canapé où je me suis offert un petit plaisir solitaire. Comme d'habitude. J'entends encore gueuler la voisine pour le bruit. Comme d'habitude. Il va falloir qu'elle s'y habitue ou qu'elle dégage. Manquerait plus qu'elle appelle les flics pour tapage nocturne. Ca me donnerait une bonne occasion de rigoler.

Je laisse couler l'eau brûlante sur ma peau. La sensation d'une bonne douche n'est comparable à aucune autre. J'y resterais des heures. C'est seulement à regret que je m'arrache à cet ardent moment. En me séchant, je décide de ce que je vais mettre devant ma garde-robes. Un body de cuir finement noué dans le dos. Des bas résilles. Des talons aiguilles. Ca devrait faire l'affaire. Je serre le corset jusqu'à ne plus pouvoir respirer. Pas des plus simples.

Mon grand imperméable m'attend dans l'entrée. Je l'enfile et le boutonne en gardant quand même les premiers boutons ouverts pour laisser une vue sur mon décolleté. Face à mon miroir, je rejette mes cheveux en arrière pour fixer le collier canin à mon nom. Je les ébourrife un peu, redonne du brillant à mon rouge à lèvres et saisit mon sac à mains. En avant pour une longue nuit.
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